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Islanda

Robert Pujade

(original french)

Le Paysage absolu

La série Islanda de Luca Gilli témoigne d’une expérience dans laquelle la prise de vue photographique n’est qu’une première étape dans la retranscription d’une émotion visuelle particulièrement intense.
Les lieux visités par le photographe se situent aux confins de l’Islande, là où des forces géothermiques formidables recomposent sans cesse le contour et le plissé des reliefs, abolissent avant qu’ils ne renaissent tous les signes de la vie, recouvrent et découvrent les formes de la Terre. La vue d’ensemble de cette nature présente une multiplicité de découpes géologiques formées par les cratères égueulés, les plaines de lave, les lacs, les fontaines qu’estompe parfois la fumée des geysers ou les champs de solfatares : toutes les variantes possibles de paysages naturels trouvent ici leur origine graphique.
Mais en plus de ce panorama spectaculaire accessible à la seule vue photographique, Luca Gilli a voulu représenter le choc en retour d’une telle vision : l’impression d’une Création continue du Monde. Un tel sentiment ne compose plus avec l’échelle des plans hiérarchisée par l’objectif photographique, il relève d’une approche unidimensionnelle du paysage, plus psychologique que simplement optique.
Pour rendre cet effet intériorisé et personnel ressenti lors de la confrontation avec ces panoramas gigantesques, le photographe a eu recours au traitement numérique de ses images. Par le moyen d’algorithmes spéciaux, utilisant une fonction fractale unidimensionnelle, il a redéfini l’échelle des plans en répartissant de façon égale sur toute la surface de ses grands tirages le piqué de l’épreuve. Cette netteté totale en chaque seuil de perception défini par la profondeur de champ confère à la présence paysagère un aspect surgissant, insolite.
Pour accentuer encore cette relation entre la prise de vue et le paysage intérieur, Luca Gilli a aussi requalifié numériquement les couleurs pour leur donner une tonalité expressionniste. Ainsi, à proximité des nimbes vaporeux émis par les geysers, la pente des montagnes est tantôt frappée d'un rouge éclatant, tantôt jaspée d'un fauve doré, qui traduisent l’énergie et la vitalité de la terre. La lave sombre s’étale comme une houle pétrifiée où surnagent, comme des pépites d’or, une végétation renaissante.
Islanda ne décrit pas un paysage au sens usuel de la photographie et de la peinture. Cette série où les catastrophes sismiques côtoient des vides sublimes, nous inspire dans un somptueux silence la profondeur des origines.
Entre la prise de vue directe et la post-production numérique de ses tableaux photographiques, Luca Gilli atteint donc au paysage absolu en projetant sur des vues extérieures une expérience de la Transcendance.

 

(english)

The Absolute Landscape

Luca Gilli’s Islanda series bears testimony of an experience where the work of the camera is only the first step in transcribing a particularly intense visual emotion.

The places visited by the photographer are at the outermost bounds of Iceland where formidable geothermal forces reshape the contours and pleats of the landscape unendingly, obliterating all signs of life before they are reborn, in turn hiding and revealing the shapes of the Earth. This panorama presents a multiplicity of geological cuts created by gaping craters, lava flows, lakes, and fountains sometimes blurred by the smoke from geysers or solfatara fields. Here is the graphic origin of all possible landscapes.

But beyond this spectacular panorama which is accessible only to the camera, Luca Gilli wanted to depict the shock created by such a view: the impression of a perpetual Creation of the World. This very intimate feeling is no longer compatible with the scale of the images hierarchised by the photographic lens, it draws from a one-dimensional approach to the landscape, which is more psychological than simply optical.

In order to convey this internalised effect deeply felt during the confrontation with these gigantic panoramas, the photographer has used digital treatment of his pictures. By means of special algorithms, using a one-dimensional fractal function, he redefined the scale of the images by distributing equally the piqué of the proofs over the whole surface of his large prints. This total sharpness in every threshold of perception as defined by the depth of field confers a suddenly appearing unusual aspect to the landscape.

To further enhance the relation between the work of the camera and the internal landscape, Luca Gilli has also digitally re-interpreted the colours, giving them an expressionist tonality. Thus, near the vaporous nimbi emitted by geysers, the mountain slopes are sometimes struck by a brilliant red, sometimes chattered of a tawny gold translating the energy and the vitality of the earth. The dark lava spreads like a petrified swell where resurgent vegetation floats like gold nuggets.

Islanda does not describe a landscape in the usual sense of photography and painting. The sumptuous silence of this series where seismic disasters go alongside with sublime voids, creates in us a profound sense of genesis.

Thus Luca Gilli, between the direct recording work of the camera and the post-production digital treatment of his photographic panoramas, achieves the absolute landscape by projecting a transcendental experience upon exterior views.